Je n’ai guère d’habits propres à l’estimation
Qu’autrui peut me porter avec dénégation
Et j’applique à mon âme une pommade douce
Qui j’espère me calme et vers les cieux me pousse.
On me tance ou me plaint, moi celui qui choisit
De laisser à autrui cette vie d’asservi.
Mais je préfère mon habit, vieux et plein de plis
À celui du commun en ce monde établi.
Je ne suis pas né pauvre et ne le serai pas
Le calme est ma richesse, la confiance ma foi.
Je n’attends plus rien, j’apprends à être libre
Et regarde passer la cohue qui s’active.
Le temps fait bien son œuvre en suivant l’harmonie,
Le destin tend ses fils et nous bougeons ainsi.
Errons de çà et là, non sans perdre en nous même
Le repère qui nous sonde et en lâchant ces rênes
Je fus fou moi aussi, non que je ne sois sage
Cependant dans ma vie je dus faire le ménage
Entre ce qui compte et ce qui ne compte pas.
Nul besoin d’en dire plus, fuyons donc l’embarras
De vous remémorer mon passé d’aveuglé,
Car aujourd’hui je vois mieux que je ne voyais.
Qui je suis importe peu, cela est factice,
Un nom sur une carte pour y voir la matrice
Ne suffirait pas à décrire tout mon être.
Je suis et puis c’est tout, le reste est du paraître.
Passons donc ce décor, public, oui je te parle,
Je suis mon propre héros dans ce monde au vacarme
Grandissant dans l’angoisse d’un lendemain macabre.
Ainsi je me détends et rigole serein
En décidant conscient, d’accepter mon destin.
Je te vois perturbé par les charges qui sont tiennes.
Par ce sceau qui t’admet dans l’arène des hyènes
À sauver son confort quand il est en danger
Et supporter le joug de ce rythme insensé.
Ton calme tu le vends pour une poignée de stress.
Bienheureux qui profite, bienheureux qui l’encaisse.
Car vouloir toujours plus ne bouche pas le puits
Du désir qui sévit dans l’homme et son esprit.
Le malin en profite, nécessité fait loi.
Dans la peur qui te rythme, attention au contrat
Que tu signes, bel aveugle, contre ton avenir,
En misant sur demain sans voir le présent fuir.
Moi, je jouis du présent et malmène mon corps
Le salut de mon âme vaut bien quelques efforts.
C’est vrai qu’il est dur de vivre en ce bas monde
Mais l’esprit doit souvent se dompter dans la ronde.
Je ne suis qu’un pécheur dans la nuit triomphante
Qui tente de faire chanter son âme vacillante
Dans les échos célestes, ainsi va mon entente,
Pour la faire briller de façon resplendissante.

